Camera Silens (12/12/87)
ROCK CAMERAS SILENS AU DERBY
Le bal des vauriens, partie 2Non, les Cameras Silens ne sont pas les piquets de grève des cameramen mécontents de la Une ! Ils sévissaient il y a quelque temps dans la punkitude bordelaise et autre caste skin. Lassés d’un milieu dégénérescent d’une recrudescence de violence dans les concerts, ils ont su se libérer des toiles d’araignée tendues par des inconditionnels trop exclusifs qui étouffent leurs groupes favoris sous la pression d’une étiquette. Les Cameras Silens ont cherché la sortie de secours afin d’émerger et de respirer à l’air libre.
Après une période transitoire passée dans la haute mer du doute et de la réflexion, ils hissent à nouveau les voiles, enregistrent en studio et débarquent dans le port nantis d’un album singulièrement fulgurant. Virage à 89° négocié à 130 à l’heure, rien qu’entraînant, distribué par New Rose, propulse le groupe sur une nouvelle orbite, dans la lumière d’une nouvelle aube. Dès le disque placé sur la platine, un souffle puissant embrase l’espace, les cuivres explosent, le saxo tourbillonne et virevolte. Pas de répit, la guitare rythmique et la batterie se percutent comme on cogne le silex sur l’acier afin que jaillisse le feu. Les Cameras Silens déclarent leur flamme pour le reggae (d’ailleurs souvent plébiscité par les punks) qu’ils durcissent, musclent et transcendent. Le combo ne renie pas pour autant la rage skin puisque la voix oï de Benoît, virile et totalement brisée, scande avec hargne les hymnes comme « Une autre identité » (je vous l’avais dit) ou une « Dernière Fois ». Cette surprenante alchimie fusionnée en concert avec la chaleur de la soul offre un cocktail étonnant, éminemment original.
Le Derby a dignement fêté les réjouissances de ce dépaysant voyage en Jamaïque, moiteur et envoûtement garantis sur le contrat. En voici les clauses : un saxo impérial, un chanteur aux sourires qui en racontent plus long sur son plaisir de jouer que tous les discours du monde, un bassiste et un batteur qui s’en donnent à cœur joie (chaque soir, c’est leur fête…), une choriste racée et typée qui justifie au moins autant sa présence sur scène par sa plastique que par sa prestation vocale, un percussionniste inépuisable, inspiré. Loué soit qui bien y danse ! On percevait dans la foule montoise certaines ondulations reptiliennes, déhanchements lacifs, formes incertaines dans la pénombre, fantômes de la nuit hypnotisée…
PASCAL MOUNEYRES
+ Le Derby, 8 rue Henri-Duparc à Mont-de-Marsan (40)
