L’Amphi
+ L’Amphi au 146, rue Edouard Vaillant à Tours (37000)
Catalogue pdf / Collection : Euthanasie / Numérisation par David Euthanasie
Au début des années 1980, Tours ressemble à beaucoup d’autres villes françaises. La culture rock y évolue dans une forme de marginalité, dans une cité encore fortement marquée par la politique municipale de Jean Royer. Les initiatives alternatives sont rares, les lieux d’expression encore davantage. Comme ailleurs, ce sont quelques individus déterminés qui vont faire bouger les lignes et inventer un véritable circuit contreculturel. Autour de cette poignée d’activistes, dont certains viennent de la radio pirate Transistours, un maillage inédit se met progressivement en place dans la ville. Une radio libre, une salle dédiée aux musiques amplifiées, un disquaire engagé et une presse alternative contribuent à structurer une scène locale jusque là dispersée. Avant l’apparition de ce nouveau pôle, Tours dispose pourtant depuis 1975 d’un lieu singulier : Le Petit Faucheux. Cabaret libertaire fondé rue des Cerisiers par Jean Paul Veyssière et son épouse, il propose une programmation principalement tournée vers la chanson et le jazz. Cette expérience pionnière s’achève cependant durant la seconde semaine de décembre 1982, soit une semaine seulement après l’ouverture d’un nouveau lieu appelé à marquer durablement la mémoire culturelle tourangelle. L’Amphi. Installé à l’emplacement de l’ancien cinéma Studio 3, l’Amphi est inauguré le 1er décembre 1982 sous la bénédiction des dieux du métal. Fondé par les musiciens Jean Pierre Lion et Thierry Guignard, l’établissement dispose d’une jauge d’environ 300 places. Très rapidement, il dépasse le simple statut de salle de concert pour devenir ce que l’on qualifierait aujourd’hui de tiers lieu. Au fil de son existence, une douzaine d’associations vont y trouver refuge ou y développer leurs activités. Dès le début de l’aventure, la majeure partie de la programmation rock est confiée à l’association Castafiore Production, animée par Suzy Johnson et son entourage. Cette dynamique permet d’ancrer durablement l’Amphi dans les réseaux internationaux et d’offrir à la scène locale une visibilité nouvelle. En juillet 1984, une étape décisive est franchie lorsque Radio Béton, alors portée par l’association P.U.N.K, s’installe dans les locaux. Il faut toutefois attendre le 21 février 1986 et le concert de Beat of the Beast pour marquer véritablement la naissance publique de la radio. L’expérience sera de courte durée puisque l’antenne sera presque aussitôt interdite d’émettre, illustrant les tensions encore vives autour des radios libres. L’Amphi ne se limite pas aux concerts. Des studios de répétition sont aménagés, permettant à de nombreux groupes de travailler sur place. Très vite, la programmation s’élargit. Le cabaret, le théâtre, l’organisation de boums et de thés dansants viennent compléter l’offre musicale. Des cours de danse et des activités liées au cirque trouvent également leur place dans ce laboratoire culturel. Pendant trois ans et demi, l’Amphi fonctionne ainsi comme une véritable pépinière artistique et associative. Dans une ville encore peu ouverte aux expressions alternatives, le lieu incarne un espace de liberté, d’expérimentation et de rencontres. Bien plus qu’une salle rock, il devient un symbole de l’énergie collective qui anime une génération décidée à inventer ses propres structures culturelles.
David Euthanasie dans le cadre du projet CONTRECULTOURS





Ancien cinéma Studio 3 transformé en salle de concert sous le nom de l’Amphi.



Photo : Philman à l’Amphi, circa 1984 / Collection : Philman / Numérisation par David Euthanasie
Presse : Nouvelle République du Centre-Ouest, 18/10/1985 / Collection : Archives départementales 37 / Numérisation par David Euthanasie
Presse : Nouvelle République du Centre Ouest, 04/02/1986 / Collection : Archives départementales 37 / Numérisation par David Euthanasie







