François Imbert et Françoise Moreau
Document : Affiche 40-60 imprimée / Collection : Fonds Mureau – Archives départementales d’Indre-et-Loire / Numérisation par David Euthanasie

FRANCOIS IMBERT ET FRANCOISE MOREAU GRAND PRIX DE L’ACADÉMIE DU DISQUE
François Imbert et Françoise Moreau chez eux: « Nous avons su rester en province au bon moment et refuser la mythologie du cabaret où l’on finit par pourrir »
François Imbert et Françoise Moreau viennent d’obtenir le Grand Prix de l’Académie du Disque Français, section enfants. Avec un 33 tours édité chez Alvarés et intitulé « Chantines n° 2, La Fête de la Forêt ». Tous deux Asont Tourangeaux, installés sur les coateaux de Montlouis-sur-Loire, profondément enracinés dans leur province. Depuis qu’ils ont appris la nouvelle, les coups de fils des radios, et de la télé se multiplient. Ce qui est amusant, s’étonne François Imbert, c’est de voir que brusquement tout le monde découvre que nous travaillons depuis dix ans et que nous avons enregistré huit disques ».
Suprême récompense, le Grand Prix Ide l’Académie fait office de baguette magique. Gardant la tête froide, ils savent « que d’ici deux mois tout peut retomber ». Mais de toute façon, le bénéfice moral de cette consécration demeurera important. Invités le jeudi 12 février de l’émission “Studio de Nuit” réalisée par Jean-Louis Foulquier, ils pourraient apparaître prochainement au “Grand Echiquier” de Jacques Chancel. Alors le prestige de l’émission lèvera peut-être la barrière d’indifférence qui paradoxalement les empêche de donner le meilleur d’eux-mêmes en Touraine.
Les gosses, ils nous ont aidés à être plus simples
Parents de deux jeunes bambins, Jérémie et Corentin, François Imbert et Françoise Moreau sont venus à la chanson pour enfants un peu sans le vouloir. Passionnée par les petits, Françoise, ancienne institutrice de maternelle, imagina d’offrir, en guise de cadeaux, des chansons aux enfants de ses amis. Comptine pour Juliette et Nicolas et < Chanson pour Titoyo prirent très vite leur place sur un premier disque réalisé par la jeune femme seule, Comptines en robe de lune ». Trois autres 45 tours suivirent avant l’impression de la de la Forêt >. De l’un à l’autre la collaboration de François Imbert, d’abord peu attiré par ce type de recherche, a grandi. Maintenant nous travaillons vraiment ensemble. Mais nous avons mis dix ans pour y arriver. Avant nous écrivions chacun en cachette, paroles et musiques dans notre coin ».
« Je crois que c’est, effectivement, notre meilleur disque, précise François. C’est un peu la synthèse de ce que nous voulions faire depuis longtemps. D’avoir nous-mêmes des gosses ça nous a surtout aidés à être plus simples ». Des mots beaux des mots vrais proches de la vie Tous deux ont la même volonté d’employer des images belles, poétiques et les mots vrais, qui soient ceux de la vie. « Les yeux de Jérémie » chantés d’une voix aérienne par Françoise Moreau, raconte la naissance du petit frère vue par l’aîné. Sans heurter, elle dit la vérité de cette merveilleuse aventure. Un petit ventre tout rond, petite verge, c’est un garçon, petites cuisses satinées, petits pieds pour les baisers ». C’est aussi l’histoire de la maison-girafe » (l’univers des tours H.L.M.) et de la << petite taupe auto-stoppeuse > à la vie toute chamboulée par la construction de l’autoroute. Incontestablement, ils cherchent à faire passer un certain nombre de choses, une certaine façon de regarder le monde et d’aborder lęs prob s d’un œil critique. C’est une forme d’engagement mais qui respecte profondément l’enfant en l’invitant par le biais de la poésie et de l’humour à maintenir sa curiosité en éveil. Car Françoise Moreau et François Imbert ne sont ni subversifs, ni révolutionnaires. a Nous ne voulons pas attaquer, ni agresser. Au contraire nous progressons avec prudence pour ne pas avoir à revenir en arrière ». Dans les écoles, invités comme “intervenants extérieurs”, ils prennent soin de structurer leur animation et de ramener le calme avant d’abandonner les enfants à leurs maîtresses. « Il n’est pas question que nous laissions le chaos derrière nous >. « La Fête de la Forêt > est un condensé de ce travail réalisé depuis deux ans en milieu scolaire et basé sur la découverte des instruments de musique (violon, mandoline, banjo, psaltérion, rebec, épinette, dulcimer). Coquilles Saint-Jacques, cuillères, sont distribuées dans la classe et c’est l’apprentissage du rythme simple à un temps, deux temps… qui se termine par une danse générale en compagnie des institutrices.
Ne pas oublier leurs chansons d’adultes
Aidés par Serge Kerval, rencontré dans une petite M.J.C. des environs de Tours et par les Francs et Franches Camarades, soutenus maintenant par les partis de gauche (< 80 % des municipalités qui nous invitent sont de gauche et se donnent donc les moyens de faire quelque chose >), le couple est sollicité de tous les coins de France. Après leur tournée dans la région, ils vont s’installer dans l’Est pour trois mois à l’invitation de la Maison de la Culture de Reims. Mais si le mouvement, parti de la base, a fait boule de neige, François Imbert et Françoise Moreau souhaitent renouer avec la chanson pour adultes qui fut leur première raison d’entrer en scène. Trois fois lauréats de la fine fleur de la chanson française en 67, l’un et l’autre sont décidés à ne pas abandonner leurs « chansons à tisser leur temps », leurs balades écologiques de < FF Folk, derrière les fumées ». Dans leurs cartons, ils ont un disque tout prêt, destiné au public majeur. Mais au fond d’eux- mêmes ils rêvent surtout de pouvoir s’entourer d’un orchestre professionnel et de réaliser une « seule chanson pour tous, à écouter et à discuter en famille ». Déjà à la manière des chanteurs de folk anglo-saxons, ils mêlent dans leur spectacle les comptines des petits aux textes pour les grands. < Sans problèmes, selon François : il suffit de présenter l’histoire de la petite taupe auto-stoppeuse > tout simplement et avec un petit clin d’œil de complicité et ça marche ».
Martine COUTÉ.

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