Loose Heart

Paris (75) // Septembre 1976 – 1977 // Punk-rock
: Pierre Goddard (guitare et chant), Pascal Regoli (basse), Hervé Zénouda (batterie).
Bio (Stéphane Pietri - Rock’n’roll Musique N°?)
Loose Heart, c'est la réunion de trois individus biens différents en apparence dont les sensibilités at les passions se rencontrent et se mêlent de façons très étroites dans leur musique. Woony Farrey à la basse, Hervé à la batterie et Pierre Godard à la guitare et qui, pour l'instant s'occupe de tous les vocaux. C’est un groupe neuf qui ne joue que des compositions originales, une musique moderne aux relents futuristes un rock glacé, rapide, basé avant tout sur l'électricité ; un guitariste sans technique évidente, pour qui le feedback, les larsens et les pédales gadgets sont plus importantes que le fait d’être reconnu en tant que musicien; Woony qui de son coté impose avec sa basse des sonorités très pleines en contraste avec la guitare suraigüe, rétablissant ainsi un équilibre sonore, tandis que Hervé à la batterie assure la partie rythmique avec un tempo saccadé et très fort. Loose Heart, c'est une musique sans feeling, froide et calculée ou des thèmes sans rapport s'enchainent aussi rapidement que violemment, créant des effets de cassures. Une musique rigide débouchant sur l'improvisation et l’extériorisation d'une violence maintenue la plus longtemps possible interne. Chaque concert ressemble a un viol... Loose Heart, avec sa musique aux accents du modernisme va mettre pour une fois Paris d'actualité, a l’heure névrotique !!! — Comment est né Loose Heart ? Pierre : A la séparation de Strike Up, Hervé et moi on a continué a jouer ensemble, Hervé a la batterie et moi a la guitare jusqu’à ce que Woony nous rejoigne. Au mois de septembre dernier, marquant ainsi la création effective de Loose Heart. — Vous semblez avoir des personnalités assez différentes ? Pierre : on vient tous les trois de milieux divers, par exemple je dois bosser pour vivre et pouvoir payer mon matériel. Hervé: Moi, je suis encore étudiant et déjà des problèmes se posent puisque l'on ne peut pas encore vivre de notre musique. On est obligé de faire des trucs chiants pour vivre, tu vois, Pierre travaille et Woony est au chômage. — Comment en êtes-vous venu à jouer ? Pierre : Par un concours de circonstances... Hervé : Oui, a force d’écouter de la musique, j'ai vraiment eu le désir d'en faire et surtout d'en vivre, donc de refuser le boulot traditionnel et le mode de vie normal. J'ai toujours eu le désir de m’exprimer et d’être reconnu pour ce que je fais, c’est-a-dire de passer du rôle passif à celui d’actif ! Woony : Moi, j'ai touché ma première basse a l'age de 12 ans... Pendant 4 ans je ne l'ai pratiquement pas touché, puis ensuite je me suis amusé a faire du bruit avec des larsens, du feedback jusqu'a faire sauter mes amplis, c'était mon jeu favori de faire griller mes amplis. Et depuis 2 ans je joue avec des groupes, j'utilise ma basse avec plus de raison. — Pourriez-vous parlez de vos morceaux ? Hervé: On joue uniquement des compositions originales et on débute nos sets sur notre reprise, L.A. Blues des Stooges. — Pourquoi ne faites-vous pas plus de reprises ? Pierre: Notre musique reste un trip très personnel et peu de morceaux rentrent dans notre optique, mais on écoute quand même pas mal de trucs. — Et qu’est-ce que vous écoutez principalement ? Pierre: On a tous les trois des gouts assez différents, pour ma part j'aime beaucoup le premier album du Floyd, avec Syd Barrett et tous les trucs des mid’sixties. Mais j'aime beaucoup les Stooges aussi. Hervé : J'aime les Stooges et le Velvet Underground, beaucoup les Stooges et beaucoup le Velvet mais j’écoute aussi pas mal les Kinks et les Modern Loovers. Woony: Moi je préfère citer les albums, le nom du groupe ne m'intéresse pas, il s’agit de Kick out the jams et de Fun House (comme on se retrouve NDA) mais aussi et alors accroche-toi, des trucs de l'épopée du rock, tu sais les "Vautours"... — Ou'est-ce que vous pensez de la scène anglaise d’aujourd’hui ? Pierre : Ce qui me plait chez les Anglais c'est leur image, c’est ça qui en premier lieu m'intéresse par le cote moderne qu'i|s savent donner mais je trouve que du cote musical ils restent dans un contexte traditionnel, en fin de compte assez ennuyeux alors qu’i|s devraient employer de nouveaux sons dans le sens du Toodd Flundyren. Ce qui est intéressant avec cette nouvelle scène c’est que les groupes sont les représentants d’un mouvement plus ou moins politique beaucoup plus large qu'eux et en fait qu’ils tendent a représenter plus que le phénomène d'une génération. Woony: J'attends de voir si le mouvement Punk s’ouvrira réellement sur un internationalisme... et dépassera le stade du chauvinisme anglais. — Et New York ? Pierre: La scène de New York est morte, ou sur le point de mourir, il ne subsistera que très peu de groupes. Seul Television et Talking Head m'intéressent par leur démarche musicale nouvelle. Woony: Moi j’adore les Ramones, alors que Pierre les déteste, moi je pense que les Ramones c’est super. — Et en France enfin que ce passe-t-il a votre avis ? Pierre: Pour l'instant presque rien, mais il y a quelque chose a faire, puisque tout est a créer. Pourtant il y a des groupes de Rock plus qu’intéressants, Angel Face est un groupe génial mais il y a aussi les Stinky Toys, Pain Heed et Man Ray qui vont surement bouger. Mais nous allons tous nous heurter à d'énormes difficultés parce que le Rock en France n’est pas du tout implanté et que nous n’avons pratiquement pas d'endroit pour jouer. Herve : Il y a un autre handicap pour nous, c’est que la presse spécialisée ne s’intéresse qu'a des produits finis et que tous les magazines de Rock sont des mensuels qui ne peuvent pas suivre l'actualité de très près et qui ont pas le souci de vendre que d’informer. Mais nous, nous sommes des continentaux et notre musique est loin d’être anglo-saxonne ; à mon avis il s'agirait avant tout d’ouvrir une nouvelle voie en Europe. Pierre : Les nouveaux groupes vont devoir tout faire parce qu'ils ne possèdent pas encore leur public. Il va falloir qu’il augmente en même temps que les groupes monteront, mais nous avons vraiment le désir de faire quelque chose en Europe. — Pourtant vos textes sont en Anglais ! Hervé: C'est avant tout une question d’internationalisme de parler une langue d'échange. Pierre: Le langage du Rock c’est l'anglais et on ressent notre musique en anglais, c’est plus une importance de sonorité que de civilisation. — E t de quoi parlez-vous dans vos textes ? Pierre : De la télévision, beaucoup de la télé, du futur et du sexe dans la mesure ou cela représente nos fantasmes mais je n'ai pas envie d'en parler, c’est dans la musique que je les exprime, on a des titres comme Sex Now, Red is my favourite colour, Hot as a gun... — Lors de vos concerts on ressent un climat de malaise, quel sentiment avez- vous au moment de monter sur scène ? Pierre : Sur scène j'ai avant tout l’impression d’être un martien ou plutôt un malade et je ne vois plus rien de ce qui ce passe en face de moi. J’ai l’impression de recevoir du public plus que je ne donne, c’est en fait un sentiment très égoïste. Hervé : Moi c’est exactement |'inverse je suis très énervé, une vraie pile électrique, j'ai l’impression de donner, donner... Woony: Je reste très lucide, très clair et j’essaie de penser a tout d'une manière très rapide, je m'attache en priorité a surveiller le bon fonctionnement du matos, l’œil clair en quelque sorte. — Quels sont vos projets pour l'instant ? Pierre: Pour le moment on répète beaucoup parce qu'on a plusieurs concerts de prévu dont deux a Londres dans un nouveau club et on essaie de mettre les morceaux le plus au point possible. D'un autre cote on est en train de faire des essais avec David Rochline qui nous contacte afin de devenir notre chanteur ; l'avenir nous le dira...