Tweed
Rouen (76) // 1979 – 1990 // Pop rock
Document : 1978 pre-Tweed / Collection : Tweed / Numérisation par David Euthanasie
Tweed, 1979-1990
Tweed est un groupe de Rouen qui, de 1979 à 1990, sous différentes formations, a donné environ quatre vingt concerts un peu partout en France, a enregistré trois 45t : le premier un autoproduit en partenariat avec SMAP Records, le deuxième autoproduit, le troisième chez Off The Track/Polydor.
Le groupe vient de la réunion de copains d’enfance. Christophe Cozette et Philippe Canto sont en classe ensemble dès la primaire en 1969, sur l’Île Lacroix, un quartier « à part » dans Rouen. Ils s’inscrivent tous deux au club de basket l’année suivante et y rencontrent Stéphane Savary. Plus tard, en 1975/1976, Christophe se retrouve en 4ème avec Eric Pinson qu’il amène, avec lui, à s’inscrire au club de basket où il fait la connaissance des deux autres. En 1978, avec pratiquement pas de moyen (pas d’amplis, des guitares rafistolées, etc.), le premier quatuor qui donnera Tweed, et qui répète dans la chambre de Eric, nait peu de temps après, Stéphane jouant déjà de la guitare (comme Philippe) et apprenant les rudiments de la basse et de la batterie à Christophe et à Eric.
Philippe, sans doute moins accroché à la musique telle que l’envisagent ses trois autres amis, quitte ce groupe sans nom, et le trio ayant acquis du matériel et progressé se baptise The Spectacles avant de changer pour le nom Tweed ! Pour autant, Philippe restera éternellement « le 4ème Tweed » dans l’esprit des trois membres du groupe.
Le trio naît mais pas sans être sous des influences totalement assumées, chantant en anglais. Ils sont clairement des Mods qui, après avoir adoré The Who, The Kinks, The Small Faces et d’autres groupe 60’s, dont les inévitables The Rolling Stones très chers à Christophe qui arbore depuis toujours une coupe de cheveux dite « à la Brian Jones », découvrent The Jam et ses riffs cinglants, sa basse mélodique néanmoins pleine d’attaques, et une batterie qui accompagne les deux autres et maintient le rythme soutenu des premiers opus du trio anglais aux chansons engagées.
Document : Tweed, jardin du studio Damamme 1980 / Collection : Tweed / Numérisation par David Euthanasie
Cette « rencontre » avec The Jam n’est pas incongrue du tout. À la fin des années 70, Le Havre et Rouen sont les deux grandes villes « rock » de France, bercées par toutes les nouveautés anglaises venues de l’autre côté de la Manche. Les disquaires diffusent plus vite et souvent en première exclusivité les groupes anglo-saxons que le reste de la France attendra encore quelques mois : les disques ne sortaient pas simultanément dans chaque pays comme maintenant. Les Normands étaient des privilégiés qui constituèrent les premières « scènes rock », chantant la plupart du temps dans la langue de Shakespeare. Les deux groupes emblématiques qui se créent dans chacune des villes sont Little Bob Story (1971) et The Dogs (1973) qui deviendront de véritables « locomotives » drainant derrière eux une scène rock normande foisonnante et diversifiée, dont fait partie Tweed. De plus l’identification à The Jam et aux Mods Britanniques, de l’origine au revival de 1979, s’inscrit aussi dans une logique sociale : les membres de Tweed sont issus d’un milieu modeste, animés de convictions de gauche, comme l’aime à décrire Pete Townshend dans différentes interviews quand il évoque son personnage de Jimmy, héros de son album concept Quadrophenia (1973). Cela étant, les textes en anglais de Tweed des débuts n’ont pas la portée sociale et politique de leurs pairs spirituels : les textes sont plus légers et parfois écrits par la compagne de Stéphane, Marie-Pierre Valentin.
Tweed donne ses premiers concerts et séduit un large public par ses mélodies accrocheuses. La justesse de la voix de Stéphane et la rage de sa guitare (en open tuning), le duo basse/batterie où, si Christophe s’inscrit plus dans un genre de jeu à la Bruce Foxton, Eric a des tentations qui frisent avec le jeu de Keith Moon. Les performances scéniques du trio font preuve d’une « pêche exceptionnelle » ponctuée par des bonds et par des sauts à la The Jam. Le concept global du groupe s’affine et notamment le « w » de Tweed est écrit par un « m » renversé, pour les premiers tags et pour certaines affichent qui suivront au cours des années, renforçant une identité propre : logo et nom sans « the » ou « les » mais un nom bref, monosyllabique, et universel.
De ses débuts et de la rapide progression du groupe, s’en suit une presse élogieuse qui intronise Tweed comme un pilier de la scène rouennaise et même de la scène normande voire au-delà depuis de nombreux mois : pour preuve une programmation aux Transmusicales de Rennes en 1981 qui marqua le public présent.
Les concerts s’enchaînent, notamment dans la salle mythique rouennaise qu’est le Studio 44 (futur EXO 7), comprenant des premières parties parfois prestigieuses (exemple The Troggs) qui permettent au trio de jouer devant des milliers de personnes.
Toute fin 1980, Tweed joue à Evreux et ce concert sera d’une grande importance pour les groupes en présence. La réputation de Tweed ayant atteint Paris, les Mods parisiens sont venus en force découvrir ce groupe et y ont instauré une ambiance assez unique tant la performance du trio chauffait la salle. Parmi ces Mods parisiens, un certain Pierre Parent plus connu dans le monde underground de la capitale et chez tous les Mods de France par son surnom, « Weller », jouera d’ici peu un rôle déterminant pour le groupe de Rouen. Pas en reste, le groupe suivant, et local, Back C, n’a pas dépareillé et au contraire a poursuivi à enflammer le public. Ce groupe, qui se séparera de son clavier peu après le concert, très influencé par
The Who et The Kinks, changera de nom à l’initiative de son leader/guitariste/chanteur, François Pandolfi, pour se renommer The Roadrunners ! Frandol vit depuis longtemps à Paris après une carrière internationale de son combo bien méritée.
Document : Tweed, Rouen 1981 / Collection : Tweed / Numérisation par David Euthanasie
La presse locale comme nationale, notamment au travers d’un article élogieux dans le magazine Best, en novembre 1980, signé Michel Embarek, encense Tweed. En conséquence de quoi le groupe est approché par le label rouennais, SMAP Records, ce qui aboutit à l’enregistrement autoproduit et la sortie début 1982 d’un 45t trois titres (Fashion, I Need You, Hanted Castle), distribué par SMAP Records, très bien accueilli par le public. Tweed poursuit sa vie de groupe, de répétitions en concerts, la plupart du temps à Rouen et ses environs quand ils sont contactés par « Weller » au début de l’année 1983. Une Modette parisienne se trouve être la fille du fondateur et associé du Gibus et a demandé à Weller de contacté le trio rouennais pour tenter de les faire jouer à Paris dans cette célèbre boîte rock qui a vu sur sa scène Led Zeppelin à ses débuts, Motörhead, Squeeze, The Clash, The Inmates, Siouxie and The Banshees, etc. ou plus récemment, à l’époque, un groupe nommé The Police, du temps de la formation avec le guitariste Français, Henry Padovani. C’est de ce concert à Paris que Sting trouvera l’inspiration pour sa chanson
« Roxanne ».
Weller a donc contacté Tweed, obtient un 45t SMAP Records à transmettre à Jiri Smetana, le programmateur du Gibus. Ce dernier adore le disque et connaissait le groupe de réputation par voie de presse ; sans problème deux dates consécutives de programmation sont fixées les vendredi 1er et samedi 2 avril 1983, les trois Rouennais travaillant tous et ne pouvant se déplacer à Paris qu’en fin de semaine.
Un vendredi en fin d’après-midi, à la gare Saint Lazare, débarquent donc les trois Tweed accompagnés de Philippe Canto (« le 4ème tweed ») qui sont accueillis par Weller. Direction le Gibus pour les balances en vue du premier concert du soir. Ils vont joué avec un groupe parisien à la réputation montante, Les Innocents, l’un jouant en ouverture de l’autre le premier soir ; et inversement le second soir. La boîte mythique, dès son ouverture chaque soir des prestations scéniques du combo normand est envahie par les Mods et les concerts sont un franc succès. Toujours la même « pêche », toujours ses mélodies enjôleuses, toujours ce jeu de scène « survitaminé », ce qui n’est pas le cas de l’autre groupe de la soirée, qui chante aussi en anglais et reprend souvent de vieux standards R&B, sans transporter les foules présentes. Les membres de ce groupe ont un peu la grosse tête, ce dont tout le monde s’est aperçu dans les loges exigües. Les Innocents (c’était déjà leur nom) qui n’en étaient qu’à leurs débuts, n’ont pas du tout convaincus ce soir-là. Les deux groupes se recroiseront durant les mois suivants, tantôt l’un jouant en premier et l’autre en second, et inversement, avant que le combo parisien ne signe un premier
contrat chez Virgin.
L’anecdote quasi incroyable de ce concert ne manque pas de piquant. Le Gibus ne payait jamais les artistes français « en devenir ». Les groupes avaient droit à un quota de boissons au bar sous forme de tickets, de faire entrer un certain nombre d’invités, mais aucunement une rémunération, encore moins un cachet déclaré avec URSAFF et Congés Spectacles, et ce, que le groupe est un disque ou pas. Seules « les pointures » programmées, la plupart anglo-saxonnes, avaient droit à une rétribution comme sans doute une part de défraiement, etc.. Et bien Weller, après le concert et avoir argumenté durant une bonne heure auprès du frère Taïeb « gérant en chef » a obtenu cinq cents francs (500 F) pour Tweed, de la main à la main, et les a remis discrètement au groupe car Gérard Taïeb ne voulait pas que cela se sache… Précaution inutile puisque durant des années personne n’a cru que Weller avait obtenu une rétribution pour un groupe français. Ce véritable « exploit » n’a fait écho que pour Tweed qui gardera contact avec Weller par l’intermédiaire de Christophe, le bassiste.
Quelques mois passent quand Christophe apprend à Weller que Stéphane a décidé de tout arrêter, alors que le groupe écrivait de nouvelles chansons en français pour adopter définitivement la langue de Molière. Stéphane était le fondateur, composait les musiques, écrivait certains textes en anglais comme en français que le groupe venait tout juste d’adopter, avait appris à jouer aux deux autres, chantait… L’avenir du groupe sans lui semble totalement compromis et même, de facto, n’existe plus ! Tout cela semble un gâchis immense, d’autant plus que Jiri Smetana, adorant le groupe, et ayant été définitivement conquis par la prestation scénique des concerts du Gibus, envisageait de produire le groupe.
Indéniablement, cette formation à trois est de toute l’histoire du groupe Tweed la plus marquante et celle qui reste réellement gravée dans les mémoires. Le 45t trois titres a quasiment fait le tour de la planète, se retrouvant sur des cassettes plus ou moins pirates anglo-saxonnes, circulant sur plusieurs continents. Tout d’abord sur un vinyle en Angleterre. Un des trois titres figurent sur une compilation US sortie bien des années après. La pochette du 45t a été reprise pour pochette d’une de ces compilations. D’autres vinyles plus ou moins officiels comprennent souvent « Fashion », sans que jamais SMAP Records n’ait été mis au courant ni même le groupe qui n’a jamais touché un seul droit d’auteur. Mais la réputation de Tweed a littéralement crevé les frontières de l’hexagone, a traversé des océans, le tout grâce essentiellement au « réseau Mod mondial », Tweed apparaissant comme le plus grand groupe Mod français aux yeux des Mods du revival du Monde entier, par son talent indéniable qui n’avait pas non plus laissé Jiri Smetana insensible, mais aussi parce que les titres étaient chantés en anglais contrairement aux opus des autres groupes Mods de la scène française comme Bikini (à Paris) ou Floo Flash (à Lyon) ou Les Lords (à Caen). Avec le départ de Stéphane au début de l’été 1983, c’est une page du groupe qui se tourne définitivement.
Document : Tweed, Rouen 1983 / Collection : Tweed / Numérisation par David Euthanasie
Mais tel un Phoenix renaissant de ces cendres, vers la fin de l’année 1983, Christophe apprend à Weller que Tweed s’est reformé durant l’été autour de Eric et lui, avec un jeune chanteur âgé de 17 ans, un Mod de Saint-Etienne du Rouvray (banlieue de Rouen), Georges « Jorge » Pereira, qui chantait déjà dans un groupe formé par Philippe Canto (le 4ème Tweed). Un nouveau guitariste de Bihorel (autre banlieue de Rouen), Olivier Fortin, deux ans plus jeune que Christophe et Eric, les a rejoint, ce dernier étant issue d’une famille de la classe moyenne rouennaise, pas du tout Mod de près ou de loin, grand fan des Dogs, aimant les groupes comme The Lyres ou The Fleshtones, ouvert également au Rockabilly. Un concert étant prévu tout début janvier 1984 à l’EXO 7 (ex Studio 44), Tweed invite Weller à venir le voir.
Ce concert et la soirée en grande réunion chez Christophe, qui avait déjà son propre appartement, vont ouvrir une nouvelle page du groupe. La prestation scénique a été très convaincante pour le public qui découvre la nouvelle formation de Tweed. Comme par miracle, « la pêche » est toujours-là, les nouvelles
compositions (le groupe est revenu à l’anglais) n’ont rien à envier aux anciennes, la prestation du chanteur, assez crâne au sens noble du terme mais aussi très chaleureuse et allant sans cesse vers le public, a fait mouche auprès des centaines de personnes présentes, notamment des lycéens du même bahut que Jorge. Le guitariste assure parfaitement sa partie. La nouvelle formation du groupe a montré des bases solides et une capacité à rebondir qui a séduit. Durant la réunion, chez Christophe d’après concert, le Parisien Weller étant présent, le groupe le convainc de prendre en main les rênes de sa destinée. N’y connaissant rien au départ, il accepte et se sera le début d’une aventure de deux années où le groupe sortira d’un « amateurisme généralisé » chez la plupart des groupes français équivalents de l’époque à une professionnalisation ayant pour but de « vivre de la musique », les membres du groupe affichant cette volonté.
Outre le management, Weller va aussi être une sorte de « directeur artistique » du groupe qui ne manque pas de ressources après quelques années d’existence. Avoir de bonnes compositions et jouer bien ne suffisent pas pour « signer » dans une maison disque. Il est indispensable de franchir un cap : avoir des assises logistiques, « mettre en scène » les concerts, construire un environnement le plus propice à la création, soigner la communication. Dans cet esprit, le tout nouveau manager découvre les valeurs ajoutées du groupe : il est quasiment propriétaire de son local de répétition, en plein centre de Rouen, dans un vieil immeuble en partie presque insalubre, dans un appartement en étage, mais avec des atouts logistiques, notamment pour charger et décharger le matériel. Le groupe peut répéter quand il veut et, de par la configuration, il n’y a pas de soucis de nuisances sonores. Au fil des ans, le groupe s’est nanti d’un matériel de grandes qualités : amplis, guitares, batterie, câblages, etc.. Le manager peut être rassuré sur ces points. Mais ce n’est qu’un petit jalon. Dans l’immeuble, une piaule d’étudiant est louée à un jeune Rouennais d’origine Corse qui a sympathisé avec le groupe : Jean-François Casanova dit « Casa », qui très vite va accompagner le groupe puis, presque aussitôt, devenir un roadie à part entière, formé par le manager, et devenu tellement efficace en très peu de temps qu’il forcera l’admiration des organisateurs des concerts qui suivront. Plus tard, il sera rejoint et suppléé par un fan du groupe, ami de Jorge, Vincent Offerlé dit « Vince ». Passant sur les détails, cette organisation « un peu militaire » de la logistique, du montage et démontage du « bak line » pour les concerts, du transport du matériel, de l’entretien régulier des composants, etc., a été inspiré à Weller par la petite équipe qui entoure le groupe de Pontoise, Blessed Virgin, qu’il a eu la chance d’approcher. Si on veut jouer dans la cour des « grands », outre le talent, il faut être organisé comme les « grands ». Un travail sur les concerts est également entrepris : préparer l’introduction, les enchaînements, les temps forts, les jeux de scène à différents moments, des conseils de chants à Jorge, de « couverture » de la scène, etc.. L’esprit que transmet le manager au groupe c’est que tout doit être limpide et sembler naturel. Même s’il y a un incident, le public ne doit pas le percevoir et le show doit continuer, un bon roadie devant palier à tout pour soulager les musiciens, les rassurer. Et surtout un bon roadie doit être efficace en étant le plus invisible possible. Tout le monde apprend, ensemble, et progresse vite, la logistique en place permettant au groupe de se consacrer pleinement et uniquement à la création de chansons. Pour la communication, un press-book est élaboré, des enregistrement à partir du Revox de Christophe sont dupliqués en cassettes, des affiches sont conçues au fil du temps.
Après l’EXO 7 du 20 janvier 1984, la nouvelle formation débute sa plus dense série de concerts qui s’étend sur deux années, 1984 et 1985, par deux dates une semaine après au Gibus et deux autres, encore au Gibus, un mois plus tard, Jiri Smetana ayant été sensible aux arguments du manager concernant la nouvelle formation, et le succès du groupe dans la boîte parisienne ne se démentant pas. A partir de ce
moment-là, l’objectif principal est de faire connaître le groupe au-delà de la Normandie : des dates en province vont s’échelonner durant ces deux années avec quelques premières parties prestigieuses. Une télé enregistrée en novembre 1984, d’abord locale puis relayer au niveau national, arrachée au forceps, va contribuer à amplifier la renommée du groupe qui entre temps, sous l’impulsion du manager, chante en français et gomme l’image « Mod » du groupe pour la rendre plus universelle. D’autre part, au regard des origines sociales et des convictions des citoyens que sont les membres du groupe depuis sa création, le manager pousse le chanteur Jorge compositeur des textes, à s’inscrire dans une réalité sociale, de parler d’expériences vécues. C’est comme cela par exemple que naîtra la chanson « Elsa » qui traite de l’immigration.
Document : Tweed, pont Corneille 1984 / Collection : Tweed / Numérisation par David Euthanasie
Fin de l’année 1984, Olivier affiche des velléités de se consacrer un peu moins à la musique pour d’avantage à « un avenir professionnel normal » qu’il voit donc hors du groupe. Tweed recrute alors en remplacement le guitariste Didier Bocquet (proche des Mods de Rouen), originaire lui aussi de Saint-Etienne-du-Rouvray. Cela ne se fait pas sans insister par l’ensemble de Tweed et du manager tellement il était retors au début. Il est connu de tous, depuis des années, issu d’un milieu modeste et animé des mêmes convictions citoyennes que les autres, et c’est en plus un guitariste de grand talent qui, à cette époque, se sous-estime sans doute alors qu’il a un jeu très singulier et relativement unique, venant de presque les mêmes influences que les trois autres et surtout du tandem basse/batterie qui est sans contexte un des tous meilleurs de Rouen. Compte tenu de la perspective de concerts partout en France, du futur passage de la télé enregistrée fin 1984, et du projet global du groupe, il finit par accepter et découvre une équipe « très pro » par rapport à ce qu’il avait jusque-là vécu dans différentes formations normandes.
Document : Tweed sur la route, 28/04/1985 / Collection : Tweed / Numérisation par David Euthanasie
« Très pro » car très vite le manager pense qu’il faut que le groupe soit doté de son propre véhicule pour emmener sur les lieux de concerts l’ensemble du groupe, les roadies, et le matériel. Un hasard chanceux le mène à une vieille Goélette Renault vitrée et abandonnée dans un champ, appartenant au grand frère d’une fan qui lui dit « Si vous la démarrez, elle à vous ». Casa s’empare du projet et restaure entièrement le véhicule avec l’aide de son père (avec des matériels de récupération ou des achats payés par la caisse du groupe, les concerts rapportant certaines sommes) et après quelques semaines et un passage aux Mines, Tweed à un véhicule neuf places presque comme neuf.
Les dates s’enchaînent toujours, avec des salles symboliquement prestigieuses (par exemple le Heart Break Hôtel à Sète, où Tweed en « vedette » a fait le plein) ce qui attire de plus en plus les maisons de disques dont la plupart des sièges sont à Paris.
En 1985, la Sacem organise un colloque d’une semaine en sélectionnant trente groupes dans toute la France qui sont « aux portes » des maisons de disques et qui représentent potentiellement la future scène de l’industrie du disque. Dans son grand auditorium, ce sera un vaste séminaire mettant en présence les groupes sélectionnés face à des patrons de maison de disque (Virgin, CBS, etc.), à des tourneurs et producteurs de concerts (KCP, etc.), des éditeurs et des labels (Clouseau, EPIC, etc.), à des groupes ou artistes renommés (Téléphone au grand complet avec François Ravard, David Gilmour, Charlélie Couture, Bernard Lavilliers, The Inmates accompagnés de Jiri Smetana, des membres de Bijou, etc.), etc.. Le manger fait postuler Tweed (seul groupe de Normandie qui est sélectionné à la finale) avec Les Portes-Manteaux (de Paris) qui est depuis quelques temps un « groupe ami » des Rouennais. Pour l’anecdote, des groupes assez connus également à l’époque ont postulés sans être retenus, ce qui n’empêchera pas certains de faire une très belle carrière ensuite. Ce colloque présente totalement les idées que développent déjà le manager du groupe Tweed auprès de ses membres : le chant en français indispensable, avoir une « infrastructure » quasi professionnelle, tourner le plus possible, soigner les enregistrements studios. Les intervenants, outre transmettre leurs différentes expériences, donnent des clés pour aboutir à un contrat avec une maison de disque.
Au terme de l’année 1985, le manager propose des perspectives fondant un projet pour l’année à venir qui n’enthousiasme pas la majorité des membres du groupe, d’autant plus que de son côté sans informer personne, il a démarché des éditeurs et a forcé la porte de maisons de disques, notamment Virgin. Aussi, face au refus majoritaire de son projet, il décide d’arrêter et les destinées de Tweed sont prises en charge par Christophe. Une autre page importante du groupe est tournée.
En fin d’année 1986, Eric, un des fondateurs, quitte le groupe et est remplacé par un ami de Didier, le batteur Christian Bapaume (de Saint-Etienne-du-Rouvray), avec lequel le guitariste a joué dans plusieurs formations, de la fin des années 70 jusqu’à son entrée dans Tweed. Christian, qui travaille à l’usine, père de famille, est un excellent technicien, un batteur sûr et qui rassure. Le départ de Eric est a posteriori tout de même un autre grand séisme pour le groupe : brisé le tandem basse/batterie existant depuis 1979 change de toute évidence l’identité du groupe et donne une autre coloration musicale. La fougue de Eric, son esprit créateur, son allant naturel et sa forme de folie douce (entre les amis du groupe, on le compare à Keith Moon pour cela comme pour son jeu), son sens du show vont vraisemblablement manqués au groupe, sans que les autres membres n’en ait eu véritablement conscience sur le moment. Pas de souci pour lui, il rebondira et plus que bien, se retrouvant batteur du groupe français « hommage » aux Ramones, Les Ramines, jouant une centaine de concerts en France et en Europe et hantant les plateaux télés et radios pendant quelques années.
En 1987, entre dans le groupe Christophe Chevalier aux claviers. Ancien premier prix des Jeunesses Musicales de France, il sera des deux années et demi de la fin du groupe. Aujourd’hui compositeur de musique indépendant, après sa participation dans Tweed, il a été quelques années compositeur de la compagnie Beau Geste.
Document : Tweed, 1988 / Collection : Tweed / Numérisation par David Euthanasie
Jusqu’en 1989 inclus, durant les deux derniers changements de formation, les concerts vont être rares : 6 en 1986, 2 en 1987, 1 en 1988 et 5 en 1989 ; soit en quatre ans moins de concerts que durant la seule année 1984 pendant laquelle il y en a eu encore moins que durant l’année 1985. Le groupe vit donc une phase plutôt « descendante » bien qu’en 1989 Tweed est contacté par MILKSHAKE Records, un label de Vitry (94). Il s’avérera que ce label ne produit pas réellement mais réclame de l’argent aux groupes pour sortir un disque, une arnaque grossière auquel très vite le groupe ne donnera pas de suite.
Document : Tweed, 1989 / Collection : Tweed / Numérisation par David Euthanasie
Fin 1989, une étudiante en école de commerce contact Tweed et après une courte et rapide entrevue, Christophe lui confie les destinées du groupe et ce en accord avec les autres membres. Il en résulte l’obtention d’un rendez-vous avec le label basé à Paris, Off The Track, distribué par Polydor et dirigé par Peter Murray ; et un concert en début d’année 1990 à Mont-Saint-Aignan (banlieue de Rouen). Le rendez-vous, ayant lieu le lendemain du concert de Mont-Saint-Aignan, la manageuse quitte le projet pour raison personnelle qui n’a rien à voir avec le groupe. Une amie de Jorge de Saint-Etienne-du-Rouvray, obtient juste après le premier rendez-vous avec Off The Track (rien n’ayant été encore signé), un entretien avec le label Boucheries Production qui ne donnera rien. Off The Track (Les Négresses Vertes, Elmer Food Beat), toujours intéressé par Tweed, se rend à Rouen pour assister à une répétition (dans un autre lieu qu’à l’origine, toujours en centre ville), et décide de signer le groupe le 18 mars 1990 pour réaliser un 45t voire un album ensuite. Paul Barnes (éditeur de The Pogues), partenaire de Off The Track, les signe en édition et le disque fabriqué, un peu avant sa sortie, dans la perspective d’un renouveau de carrière, le groupe rappelle Pierre « Weller » Parent pour les manager. Il accepte et après une rencontre avec Peter Murray qui fait sa connaissance, ce dernier accepte également le retour du « manager historique ». De fait, il va plus travailler pour Elmer Food Beat en lien direct avec les Nantais et Peter que pour Tweed dont la motivation n’est pas très expressive. Le disque sort d’abord à Rouen et est diffusé sur la radio FIP sans grand retour : les ventes ne décollent pas. Un concert à Lille (59) scène réputée difficile ne rencontre aucun succès ; ensuite, un concert à Rouen à l’EXO 7 sensé célébrer la sortie du disque, produit par Off The Track et géré par le manager est aussi un échec.
La sortie du disque est stoppée et Tweed cesse définitivement d’exister fin décembre 1990 après onze années et cinq formations différentes, en ayant donné environ quatre vingt concerts et gravé trois 45t.
Document : Affiche 43-60,6 imprimée / Collection : Tweed / Numérisation par David Euthanasie
- 1979 à juin 1983 : Stéphane Savary (guitare et chant), Christophe Cozette (basse et chœurs), Eric Pinson (batterie et chœurs).
- Eté 1983 à début décembre 1984 : Georges « Jorge » Pereira (chant), Christophe Cozette (basse et chœurs), Olivier Fortin (guitare et chœurs), Eric Pinson (batterie et chœurs).
- Décembre 1984 au 16 septembre 1986 : Georges « Jorge » Pereira (chant), Christophe Cozette (basse et chœurs), Didier Bocquet (guitare et chœurs), Eric Pinson (batterie et chœurs).
- Fin 1986 : Georges « Jorge » Pereira (chant), Christophe Cozette (basse et chœurs), Didier Bocquet (guitare et choeurs), Christian Bapaume (batterie et choeurs).
- 1987 à 1990 : Georges « Jorge » Pereira (chant), Christophe Cozette (basse et chœurs), Didier Bocquet (guitare et choeurs), Christian Bapaume (batterie et choeurs), Christophe Chevalier (clavier).
- Les Roadies : Jean-François « Casa » Casanova, Vincent « Vince » Offerlé.
- Manager : Pierre « Weller » Parent (1984 et 1985)
Document : Affiche 77-6-118 imprimée / Collection : Tweed / Numérisation par David Euthanasie









