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Studio l’Oreille Cassée

Tours (37) // Juin 1982 – // Studio d’enregistrement

1983.08.20-NR01-1024x804 Studio l'Oreille Cassée
Nouvelle République du Centre (20/08/83) / Article : Loïck Gicquel / Collection : Archives départementales 37 / Numérisation par David Euthanasie

TECHNIQUES
PRISE DE SON, EN DIRECT DE TOURAINE
UN CARRÉ D’AS ET UNE OREILLE CASSÉE

Ce n’est pas le château d’Heuroville ni le studio des Dames. Restons modestes. Les quatre mousquetaires tourangeaux de la prise de son : Jean-Yves Tillet, Francis Meserina, Yvan Gicquel et Gilles Daliquaud, restent modestes. Et malgré l’intitulé de leur maison d’enregistrement : L’Oreille cassée, dont ils fréquentent eux-mêmes l’origine, ils n’ont pas l’air de l’être. Bien au contraire, les pieds sur la terre et les idées dans l’inédit, les types, ils savent que leur folie est raisonnable.

Pas question de concurrencer les nationaux. « Nous sommes en province et donc nous devons travailler à partir de la réalité provinciale. Permettre par exemple aux plus démunis de réaliser une maquette dans des conditions techniques de niveau professionnel. »

Tout en rêvant secrètement au jour où la maison de Fondettes pourra tendre son oreille encore un peu plus loin…

Juin de l’année dernière, début officiel de l’activité de Jean-Yves, Francis et Yvan. Le trio de base, renforcé tout récemment par le quatrième larron de l’histoire : Gilles. « On a toujours tripoté les magnéos ; dit Jean-Yves. – Alors il fallait bien qu’un jour, on pousse encore un peu plus le bouchon ».

Dans l’association qui voit le jour, chacun apporte sa part de matériel. Et tour à tour de rôle de dirigent les premières séances d’enregistrement, en fonction du temps libre : « Ce n’est pas notre activité principale. Nous avons tous un métier, nous faisons tous de la musique et enfin nous travaillons le manuel. Et les soirs, les voilà bien occupés ! D’autant que sur le carnet de bal des groupes viennent d’un peu partout : Orléans, Gien, Limoges… La grande région Ouest s’en donne rendez-vous à Fondettes. Avec, bien entendu, des artistes locaux : Xavier Dufour, Imud, Alex Dornez, Sayah Pierre, la chanteuse Joelle, ou cette fois pour l’occasion, l’organiste libanais Joseph Nehme. Dans un an, une quarantaine de chanteurs ou de groupes sont passés dans la demeure tourangelle. Principalement rock et variétés – ce qui implique, c’est le jazz, confie Yvan. « Des contacts ont été pris. Ils se traduiront peut-être bientôt. Nous les invitons à venir ».

650 F la journée

Dans une pièce insonorisée, aménagée spécialement, structure semi-rigide, Carlos à la basse, Gérard à la basse. Jo à la rythmique et Christophe au micro. C’est le groupe qui assure ce jour-là. Il parle sans moi mais la gentillesse des responsables compense la partition. « Si tu pouvais me faire un rythme droit, lance le maître de cérémonie au batteur de service. « Faudrait peut-être lui expliquer ce que ça veut dire », répond dans le baffle l’un des musiciens. Essais multipliés. En vain. On joue les prolongations. « Si la guitare ne plait pas, pour le moment, c’est ce que j’assure » assure Christophe à son collègue. « Aux magiciens pour l’instant, ils se remettent que la basse et la batterie, alors y’a pas de batterie. » Dans la cabine d’entrée, on sourit. L’affaire est bon enfant.

Pour une séance de huit heures, qui peut se prolonger une ou deux heures, il faut débourser : 650 F. Vraiment pas la mer à boire. A Paris, pour la même somme, vous avez à peine le temps de vous accorder : « C’est pas pour le bénéfice que nous avons monté le studio. Mais bien parce qu’il y a besoin de notre part, qui, parallèlement, correspondait à une attente. La majorité de nos musiciens est composée d’étudiants ou de jeunes amateurs sans grands moyens financiers ».

Le suivi du produit

Bien sûr à l’Oreille cassée, on procède à l’édition de cassettes, mais un 24 qui permettrait, dit le garçon d’enrichir 16, pourquoi pas ? Les locaux actuels sont étroits, il faudrait plus grand. « On pense plutôt à monter un véritable studio à proximité de la maison », explique tranquillement Jean-Yves. « Car je pense que nous sommes forcés d’avancer. Les gens qui sont venus la première fois demanderont la deuxième fois beaucoup plus de moyens. » Alors le quatuor gamberge tout en poursuivant la marche héroïque.

Désormais, si le client ne se contente plus d’enregistrer. Si le client est d’accord, on lui communique l’adresse d’un graveur parisien « en qui on a toute confiance (…). On fait appel au pressage aussi, le genre de truc dont on ne se méfiait pas au début. Mais en entendant les résultats de nos premières prises de son, on s’est dit qu’il fallait assurer le suivi de notre produit ».

À l’Oreille cassée, ils ont beau « éplucher à la syllabe », le chanteur de passage, un « gougnafier » parisien sans connaissance des conditions de travail, pourra toujours retoucher l’enregistrement. Creuser les médiums, remonter les aigus… Bref, saboter une opération, qui sans ambition démesurée n’entend pas moins se hisser à la hauteur de sa réputation. Faites sans aucune publicité mais par le traditionnel bouche à oreille. Ce qui pour un studio d’enregistrement paraît tout à fait naturel.

Loick GICQUEL.

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