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La Fanzinothèque

Article consacré au phénomène des fanzines rock à Poitiers, où plusieurs publications artisanales circulent activement dans les milieux lycéens et musicaux. Le texte évoque notamment des titres comme « Tant qu’il y aura du rock », « Accident jaune », « Laocoon » ou « Le tubercule baveux », réalisés par de jeunes passionnés et diffusés en marge des circuits traditionnels. L’article souligne l’importance culturelle de ces publications et mentionne même un projet d’exposition et de conservation des fanzines dans une bibliothèque de la ville.

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Presse : Nouvelle République du Centre-Ouest, 17/04/1985 / Auteur : Guy Dupont / Collection : Archives départementales 37 / Numérisation par David Euthanasie

A Poitiers, ça « fanzine « !

“Tant qu’il y aura du rock”, “Accident jaune”, “Laocoon”, “Le tubercule baveux », etc. A Poitiers, les fanzines ont pignon sur rue. On en fait une exposition. Et on parle même de les conserver.

A Poitiers, les fanzines ont pignon (ne lisez surtout pas « pognon ») sur rue. Ils tiennent le haut du pavé, mais ils sont par dessus tout à l’aise dans la clandestinité. Les lycéens vendent les fanzines sous le manteau, hors des circuits traditionnels (maison de la presse, librairies, bacs des supermarchés). Fanzine rime avec fantaisie: des journaux à lire avec des lunettes grossissantes. Des caractères en long, en large et en travers. Une occupation maximum de la feuille. Un goût pour le gag (on vous offre par exemple une allumette consumée et scotchée sur une page). Une envie forcenée d’aller plus loin dans la découverte de la musique dite rock (mais le terme est déjà dépassé) et de la science-fiction.

Les « fanzineux » (ou auteurs de fanzines) ont le look adéquat. Le lycéen David Dufresne, qui édite « Tant qu’il y aura du rock », arpente les rues avec une casquette très « Blue Caps (Gene Vincent) et des lunettes noires. Hors de la musique des sixtees, point de salut. Le mouvement Mercy Beat, il ne connaît que ça. Quand un groupe passe à Poitiers, il pousse son talent jusqu’à l’interviewer. « Tant qu’il y aura du rock » en est déjà à son sixième numéro.

Il n’est pas le seul sur le marché. Il y a « Accident jaune », avec Bjorn Cornaz, un fana de S.F. Ses dieux s’appellent Bradbury, Lovecraft… et Boris Vian (pourquoi pas). Quand David et Bjorn, son copain, se promènent rue Gambetta le mercredi, ils croisent un autre fanzineux qui, lui, ne paie pas de mine: Didier, 26 ans (il en paraît 17), des lunettes studieuses et une maîtrise en cours. Didier, ce qui l’intéresse, c’est la mythologie grecque. Son fanzine, « Laocoon », parle quand même de l’actualité du rock et de ce qui l’environne : la peinture, le cinéma. La culture sans trop se prendre au sérieux », laisse tomber Didier, quand on lui demande quoi est-ce au juste que X Laocoon ».

Parmi les autres fanzines un peu mystérieux, nous citerons « Koverzine », fabriqué de main de maître par un certain Minh-Duc. Un gars qui parle peu, mais qui agit : « Koverzine » est sacrement bien fait.

Pour la fin, nous avons gardé « Le tuberbule baveux », un fanzine tout droit sorti d’un collège de la banlieue de Poitiers et de l’imagination de David Chazam. Ils sont plusieurs, du reste, à fabriquer cet étrange petit journal qui porte au pinacle des groupes aussi mystérieux que les Résidents (des types qui se pointent sur scène avec un gigantesque œil à la place de la tête). David et ses complices, veulent garder l’anonymat : un jour ils sont venus à la « N. R. » avec une cagoule sur la tête très Ku-Klux-Klan. Quant à la prose du « Tubercule », jugez vous-même : « Nous disons non à la hausse du prix des nouilles congelées en paquet de douze ».

Tout ça n’est pas sérieux ? Détrompez-vous : les fanzines de Poitiers ont fait un coup d’éclat en exposant récemment à la très sérieuse bibliothèque Au baret. Mieux: Jack Lang, qui sera à Poitiers le 23, s’entendra glisser dans le tuyau de l’oreille que Poitiers sera la première ville en France à conserver les fanzines. Le lieu ? Le Confort Moderne, accessible à tous les amateurs de musique et notamment aux groupes de rock.

Un conseil: achetez la « N.R. », mais lisez les fanzines en cachette.

GUY DUPONT.

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